http://www.cercle-faubourg.net
logo cercle Faubourg
LA TURQUIE MODERNE ET L’ISLAM - avec M. Huseyin Enhas, Président des Alévis de Genève. Avec comme invités d’honneur l’ASML (association suisse des musulmans pour la laïcité), dont les radicaux Mme Shohreh Zarei et M. Ali Benouari
mercredi 22 novembre 2006 à 19.00 heures au restaurant des Vieux Grenadiers, rue de Carouge 92 à Genève
mercredi 22 novembre 2006

La Turquie est en train de vivre une véritable révolution silencieuse. Le Code pénal et la Constitution ont été sérieusement refondus, le Code civil a été révisé, et une série de lois visant à réformer l’administration publique a été votée. Ces formidables changements sont certes liés à l’agenda européen, mais ils s’expliquent tout autant par les aspirations croissantes des Turcs eux-mêmes, qu’on ne peut pas passer sous silence. Longtemps marqués par le coup d’Etat militaire de 1980, les citoyens se sont éveillés ; oubliant leurs peurs, ils revendiquent désormais leurs droits et leurs différences.

L’histoire moderne du peuple turc peut être conjuguée par réformisme et pluralisme religieux. Depuis le début du 19e siècle, l’empire ottoman témoigne d’une capacité énorme à réformer ses institutions et à transformer sa société, mariant la tradition coranique et la pensée européenne.

Au début du 20e siècle, sous l’impulsion de Mustafa Kemal, futur Atatürk, l’empire surprend le monde occidental en devenant une république laïque.


(JPG)
Fête CEM des alévis

Le peuple turc se trouve au carrefour de courants variés de l’islam : de la stricte orthodoxie des oulémas aux hétérodoxies, marquées par les croyances animistes et chamaniques des turcs originaires des steppes asiatiques.

(JPG)
danse rituelle des Alévis

Le renouveau identitaire se traduit aussi par les aspirations des minorités religieuses à être officiellement reconnues en tant que telles. Les alévis, bien qu’issus d’une branche du chiisme, depuis les années nonante certains ne s’y reconnaissent pas et sont beaucoup plus nombreux que les minorités chrétiennes et ne forment pas une communauté dénombrable : s’il existe certes encore des « villages alévis » en Anatolie, il n’y a pas de quartiers alévis dans les grandes villes. Ils constituent un cas plus complexe, car, bien qu’issus d’une branche du chiisme, certains ne se reconnaissent pas comme musulmans. L’alévisme, hétérodoxie musulmane, anatolienne et fortement syncrétiste, a été depuis longtemps l’objet de différentes interprétations.

La 4e grande mouvance de l’islamisme ottoman, le courant Turcoman - Kïzïlbach, devenu alévisme au tournant du 20e siècle, fait son entrée dans l’histoire publique de pays. L’alévi cesse d’être le paria qu’il a été aux quatre siècles précédents et fait parler de lui, pour la première fois depuis les rébellions du 16e siècle.

Cet islam-là se trouve ancré dans le modernisme : républicains, féministes, ouverts à la laïcité et la vie occidentale :


L’islam des Alévis

Etonnant mélange de modernisme et mysticisme, ils représentent un tiers de la population turque. Leur mouvement, qui s’oppose à celui des intégristes, est en train de vivre un renouveau.

Les alévis, un peuple à la fois républicain et chamanique, qui pratique le culte de la nature tout en se passionnant pour la civilisation moderne, pour qui le principe suprême se dit « allah » mais qui ne s’offusque ni de boire du vin ni de mettre l’homme et la femme sur pied d’égalité, un peuple dont les petits paysans côtoient facilement les intellectuels et les artistes.

(BMP)
croyance alévi

Etrangement, la première reconnaissance lui vient des missionnaires protestants américains qui, découvrant l’originalité religieuse des tribus Kïzïlbach, essayent cependant d’attirer ces derniers vers le protestantisme. Mais ce sont finalement les turquistes qui seront les « éveilleurs » de l’alévisme. Ils démontrent que l’islam des alévis est fidèle à l’ancienne foi des turcs. Après 1918, les alévis deviennent des soutiens inconditionnels de Mustafa Kemal (Atatürk) qui s’est inspiré des valeurs défendues par les alévis, et plus tard des fidèles de la République.

Une foi non sunnite mais de culture musulmane

Les principales croyances et pratiques alévies se réduisent, par ordre d’importance, au pèlerinage sur les tombeaux de saints, à la participation aux assemblées (cem), aux prières, au jeûne du mois de Muharram et à la pratique de la danse. Le pèlerinage et ses formes variées de dévotion représentent la dimension la plus populaire de l’alévisme et la plus agréable aux femmes. Aujourd’hui, les mausolées d’Anatolie sont concurrencés par les tombeaux de saints, autrefois mineurs, du monde urbain, autour desquels se sont structurées de grandes communautés alévies.

Les principes de la foi alévie résultent de la combinaison d’une lecture originale du Coran et de la tradition islamique et de l’adoption de croyances extérieures à l’islam. L’alévisme discute en effet le Coran et met en doute son infaillibilité, n’admettant pas, en premier lieu, que l’Imam Ali, qui se touve au centre de sa dévotion, n’y reçoive pas une place privilégiée. L’ensemble de l’alévisme se reconnaît par ailleurs dans la formule éthique

« Sois maître de ta main, de ta bouche, de tes reins (sexe) »

qui fait référence, selon l’interprétation qui en est faite, à l’interdiction du vol, du mensonge, de l’envie, de la concupiscence et à la préservation du secret.Une lecture libre du Coran que ne reconnaissent pas les écoles de droit musulman et l’introduction d’éléments préislamiques placent donc l’alévisme clairement en dehors du sunnisme ; mais se trouve-t-il pour autant de dehors de l’islam, ainsi que certains alévis et islamistes l’affirment ?

L’un des éléments fondamentaux de la foi alévie et le plus étranger à l’islam concerne sa conception à l’égard de l’après-mort. En effet, les alévis ne croient pas au paradis ni à l’enfer et professent la croyance en la réincarnation, en fait en la métemsomatose, à un changement de forme qui veut que l’homme épouse, après sa mort, une forme humaine si et seulement s’il a fait le bien de son vivant, celle d’animaux en cas contraire. Il y a là nettement une influence bouddhiste, empruntée par les Turcs à cette religion autrefois bien implantée dans l’Asie centrale, à moins qu’il ne s’agisse d’une survivance d’un culte pythagoricien anatolien.

Huseyin Enhas, Président des Alévis de Genève.

« Chaque être est libre de croire ce qu’il veut. « 72000 races sont égales », a enseigné l’un des grands chefs spirituels alévis (branche de l’islam fortement représentée en Turquie). Cela signifie qu’aucune communauté, de quelque nature que ce soit, ne peut prétendre se situer au-dessus des autres. Et que toutes les religions se valent. Peu importe le nom qu’on lui donne. L’important est dans la relation que chaque homme entretient avec Dieu. Un Genevois lui a demandé un jour sur le ton de la plaisanterie s’il pouvait devenir alévi. Huseyin Yadigaroglu a répondu très sérieusement, dans la droite ligne de ses convictions religieuses, qu’il le lui déconseillais fortement, parce que, dans un tel cas, il devrait recommencer tout son apprentissage à zéro !

M. Enhas nous parlera de cet « autre islam », celui de la libération représentée par des musulmans qui sont heureux de vivre dans une société démocratique, un Etat de droit, bref La République de Genève.

webdesign: ©telatotiusterrae.com